Réseau de nouvelle génération convergent : Quatre façons de garantir la résilience de l’infrastructure

November 7, 2025
BNG/BRAS
Réseau de nouvelle génération convergent : Quatre façons de garantir la résilience de l’infrastructure
Les opérateurs télécoms sont aujourd’hui confrontés à des défis sans précédent : une croissance exponentielle du trafic, des architectures réseau de plus en plus complexes, des cyberattaques fréquentes et des exigences toujours plus élevées des abonnés en matière de qualité et de continuité de service. Selon les données de 2025, le nombre d’attaques DDoS contre le secteur des télécommunications a augmenté de 55 % par rapport à l’année précédente, ce secteur représentant 31 % de l’ensemble des attaques. Dans ce contexte, la fiabilité de l’infrastructure n’est plus une option, mais une nécessité pour la survie des entreprises.

Les solutions de passerelle de services haut débit convergents (BNG) combinent les fonctions BNG, CG-NAT, DPI, routeur et protection DDoS sur un serveur x86 standard, simplifiant ainsi l’administration et réduisant le coût total de possession. Cependant, l’excellence technologique de la plateforme n’est qu’un aspect de la question. Une véritable tolérance aux pannes est assurée par une architecture appropriée, une redondance intelligente, une protection intégrée et l’automatisation des processus.

Quatre approches complémentaires permettent de garantir une fiabilité maximale de l’infrastructure réseau, de la mise à l’échelle à l’automatisation de la configuration. Examinons-les une par une.

Mise à l’échelle des solutions BNG : d’un serveur unique à un cluster

Les performances d’un serveur unique avec BRAS/BNG convergent peuvent atteindre 100 Gbit/s en mode duplex intégral, ce qui est suffisant pour desservir jusqu’à 50 000 abonnés à une vitesse moyenne de 2 Mbit/s par utilisateur. Cependant, pour les grands opérateurs et face à une croissance rapide de leur base d’abonnés, une montée en charge supplémentaire est nécessaire.

La montée en charge verticale est obtenue en augmentant la puissance des équipements : en augmentant le nombre de cœurs de processeur, en ajoutant des cartes réseau et en optant pour des interfaces plus rapides. Les plateformes modernes prennent en charge des interfaces de 1 GbE à 100 GbE, et les configurations supérieures sont capables de traiter jusqu’à 400 Gbit/s et de desservir jusqu’à 150 000 abonnés sur un seul serveur physique. Les systèmes utilisent la technologie DPDK pour l’accès direct aux cartes réseau et l’équilibrage de charge entre les cœurs de processeur, ce qui permet d’atteindre une latence d’environ 30 microsecondes.

Lorsque les performances d’un serveur unique sont saturées, une montée en charge horizontale est mise en œuvre. L’architecture en cluster utilisant des répartiteurs de trafic (Network Packet Broker) permet de combiner jusqu’à plusieurs dizaines de serveurs au sein d’un même système. Le répartiteur distribue le trafic entre les nœuds du cluster à l’aide d’un algorithme de hachage des adresses IP source et de destination, garantissant ainsi une symétrie essentielle : tous les paquets d’une même session sont acheminés vers le même serveur.

Les performances du cluster évoluent de manière quasi linéaire et peuvent atteindre 4,6 Tbps sur la base de serveurs x86 standard. Un exemple concret de cette architecture est celui d’un opérateur d’Asie centrale qui a déployé un réseau composé de deux bras physiques, chacun équipé de quatre BNG. Ce schéma offre non seulement les performances requises, mais pose également les bases d’une fiabilité accrue grâce à la redondance.

Tolérance aux pannes par redondance : Actif-Actif et Actif-Passif

La mise à l’échelle résout le problème de performance, mais en crée un nouveau : que se passe-t-il si l’un des nœuds tombe en panne ? La défaillance d’un seul BNG dans un cluster peut priver des milliers d’abonnés de connectivité en l’absence de mécanismes de redondance. C’est pourquoi l’étape suivante, cruciale, consiste à mettre en place un système de tolérance aux pannes bien conçu.

Les BNG convergents modernes prennent en charge deux principaux modes de redondance : Actif-Actif et Actif-Passif.

  • En mode Actif-Actif, la charge est répartie uniformément entre tous les nœuds opérationnels. Par exemple, quatre BNG peuvent traiter simultanément le trafic, chacun prenant en charge 25 % des abonnés. Si l’un des serveurs tombe en panne, sa charge est automatiquement redistribuée entre les trois autres, avec un temps d’arrêt minimal pour les utilisateurs finaux. Ce système garantit non seulement la tolérance aux pannes, mais optimise également l’utilisation des ressources : aucun serveur n’est inactif en attente d’une panne.
  • Le mode actif-passif, quant à lui, suppose la présence d’une réserve active : le BNG de secours est en veille et n’entre en service qu’en cas de défaillance du BNG principal. Le protocole VRRP est souvent utilisé pour les BNG IPoE de couche 2, garantissant une commutation rapide.
Bien que ce schéma implique qu’une partie du matériel ne soit pas constamment sollicitée pour le traitement du trafic, il garantit une reprise de service instantanée en cas de panne critique.

La redondance au niveau serveur est complétée par une redondance matérielle au sein de chaque plateforme. Les solutions modernes sont équipées d’alimentations redondantes et d’un système de ventilation N+1, assurant une protection contre la plupart des pannes matérielles sans nécessiter le basculement vers un serveur de secours. La connexion via des canaux LAG (Link Aggregation) agrégés garantit la tolérance aux pannes au niveau du réseau : en cas de défaillance d’un port physique, le trafic est automatiquement transféré vers les ports restants.

L’implémentation concrète de tels schémas a été démontrée par un opérateur d’Asie centrale. Le réseau est construit sur le principe de deux bras physiques, chacun comportant quatre BNG fonctionnant en mode actif-actif. Deux segments logiques sont implémentés au sein de chaque bras, et la commutation entre eux est effectuée manuellement par les ingénieurs selon les besoins. Cette architecture a prouvé son efficacité : lors de la migration vers notre propre centre de données, un problème matériel a été détecté sur l’un des BNG, mais grâce à la redondance, le temps d’arrêt a été minimal.

Protection contre les attaques DDoS : mécanismes de sécurité intégrés

Même l’infrastructure la plus évolutive et tolérante aux pannes est inutile si des attaquants parviennent à la paralyser. Les infrastructures de télécommunications sont devenues une cible prioritaire pour les cybercriminels, faisant de la protection DDoS intégrée non pas une option, mais un élément essentiel de la fiabilité du réseau.

Les attaques contre les opérateurs prennent diverses formes, chacune nécessitant des méthodes de protection spécifiques. Le scénario le plus courant consiste à saturer les canaux d’entrée par des attaques par amplification (inondation DNS, NTP, UDP) ou à utiliser des botnets. Le second vecteur fréquent est une attaque à haut débit (paquets par seconde), généralement par inondation SYN ou UDP avec usurpation d’adresse IP source, dont le but est d’épuiser les ressources des équipements réseau. Enfin, les attaquants peuvent tenter de pirater directement les éléments du réseau de l’opérateur, afin de prendre le contrôle d’une infrastructure critique.

Les réseaux de passerelle par bus (BNG) convergents modernes offrent deux niveaux de protection selon les besoins de l’opérateur. Le niveau de base inclut une protection automatique intégrée contre les attaques les plus courantes : SYN Flood, UDP Flood et HTTP Flood. Ces mécanismes s’activent automatiquement dès la détection d’un trafic anormal et ne nécessitent aucune configuration supplémentaire, garantissant ainsi une réponse immédiate à la menace. Pour les opérateurs exigeant une protection renforcée, des solutions complètes intégrant des modules d’analyse de la qualité de service sont disponibles.

L’architecture de protection avancée repose sur le principe « détection – analyse – atténuation ».

Les modules analytiques collectent et analysent en continu les statistiques de trafic via IPFIX, identifiant les anomalies en temps réel. Le détecteur utilise des algorithmes de réseaux neuronaux combinés à une inspection approfondie des paquets (DPI) pour déterminer avec précision le type d’attaque et distinguer le trafic légitime du trafic malveillant. Après détection, le système peut agir de deux manières : bloquer complètement le trafic entrant vers la ressource attaquée (bloquage complet) ou filtrer sélectivement le trafic, n’autorisant que les connexions légitimes.

L’avantage des systèmes de protection modernes réside dans leur architecture distribuée : la protection peut être déployée simultanément sur plusieurs nœuds du réseau, assurant ainsi une haute tolérance aux pannes du système de sécurité lui-même. Les algorithmes adaptatifs mettent automatiquement à jour les règles de filtrage au fur et à mesure de l’évolution de l’attaque, sans intervention manuelle des ingénieurs. L’analyse approfondie permet non seulement de repousser l’attaque en cours, mais aussi d’accumuler des connaissances sur les méthodes utilisées par les attaquants, améliorant ainsi progressivement l’efficacité de la protection. Parallèlement, les solutions restent flexibles : l’opérateur peut choisir différents scénarios de blocage en fonction du type de ressource ciblée et des priorités métier.

Automatisation avec Ansible : De la configuration manuelle au DevOps

La mise à l’échelle, la redondance et la protection contre les attaques constituent une base technique solide pour une infrastructure fiable, mais elles engendrent également un nouveau problème : une complexité de gestion accrue. Lorsqu’une dizaine de serveurs BNG desservent des centaines de milliers d’abonnés sur un réseau, la configuration manuelle de chaque modification devient un goulot d’étranglement. L’ajout de nouveaux forfaits, la mise à jour massive des paramètres de sécurité ou la migration d’abonnés entre nœuds nécessitent de répéter les mêmes opérations sur de multiples appareils, où la moindre erreur peut entraîner une interruption de service.

La transition vers l’automatisation via Ansible transforme radicalement le modèle opérationnel. Au lieu de se connecter manuellement à chaque serveur BNG et de saisir des commandes, l’ingénieur décrit l’état souhaité de l’infrastructure sous la forme d’un playbook — un fichier texte en YAML, qui est ensuite appliqué simultanément à tous les nœuds. Ansible garantit l’idempotence des opérations : la réexécution du même script n’entraînera ni conflits ni doublons ; le système vérifiera simplement que l’état souhaité a déjà été atteint.

Les gains de temps sont perceptibles dès la première utilisation de l’automatisation. Ce qui nécessitait auparavant des heures de travail de la part d’un ingénieur (par exemple, modifier les paramètres de contrôle d’accès pour une catégorie spécifique d’abonnés sur huit serveurs BNG) peut désormais être réalisé en quelques minutes avec une seule commande. Plus important encore, les erreurs humaines sont minimisées : une fois la configuration décrite dans le code et vérifiée, elle est appliquée de manière identique à tous les nœuds, éliminant ainsi les fautes de frappe, les étapes oubliées ou les différences de configuration entre les serveurs.

La mise à l’échelle de l’infrastructure devient également un jeu d’enfant. L’ajout d’un nouveau serveur BNG au cluster ne requiert plus des heures de configuration manuelle : il suffit d’ajouter un nouvel hôte à l’inventaire Ansible et d’exécuter le playbook de déploiement standard. La connexion de nouveaux abonnés est tout aussi simplifiée : au lieu de créer manuellement des entrées de configuration, vous pouvez importer les données de facturation et générer automatiquement tous les paramètres nécessaires. La flexibilité d’Ansible vous permet de gérer plusieurs appareils simultanément, ce qui en fait l’outil idéal pour les réseaux en constante évolution.

Il est particulièrement important qu’Ansible soit un outil libre et gratuit : les opérateurs n’ont pas besoin de payer de licences pour un système de gestion de configuration. Parallèlement, l’utilisation d’Ansible ne requiert pas de compétences approfondies en programmation : la syntaxe YAML est intuitive et la bibliothèque de modules prêts à l’emploi couvre la plupart des tâches courantes. Même un ingénieur sans expérience en développement peut créer un playbook fonctionnel, rendant ainsi l’automatisation accessible aux opérateurs de toutes tailles.

L’automatisation complète le cercle vertueux de la fiabilité des infrastructures : des équipements technologiquement avancés sont associés à une excellence opérationnelle, où le facteur humain est minimisé et la réactivité aux changements maximisée.

Conclusion

La fiabilité des infrastructures de télécommunications modernes ne repose pas sur une solution miracle, mais sur une approche globale où chacune des quatre méthodes décrites ci-dessus renforce les autres. La mise à l’échelle garantit les performances nécessaires à la croissance, la redondance protège contre les défaillances techniques, la protection DDoS intégrée contre les menaces externes et l’automatisation minimise le facteur humain et accélère la réactivité. Ensemble, elles créent une synergie où la fiabilité du système dépasse la somme de ses parties.

Les solutions BNG/BRAS convergentes ne constituent pas seulement une plateforme technologique, mais le socle d’un réseau véritablement résilient, capable de résister aux défaillances techniques et aux attaques ciblées, tout en restant flexible et facile à gérer.